Zochtchenko, Kolenkorov et leurs prédécesseurs au XIXe siècle. Autour du masque littéraire
Soutenance de thèse d'Arnaud NICOD, candidat au doctorat ès lettres
- Date
- Horaires
- Lieu
- Amphipôle, 210
- Format
- Présentiel
Direction de thèse
Anastassia Forquenot de La Fortelle
Prof., Faculté des lettres, Unil
Leonid Heller
Prof. honoraire, Faculté des lettres, Unil
Jury
Catherine Géry
Prof., Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris, France
Anne Coldefy-Faucard
Maître de conférence à la retraite, Université Paris-Sorbonne, France
Résumé de thèse
Dans sa thèse, Arnaud Nicod examine les conditions dans lesquelles certains écrivains, entre 1830 et 1930, se sont créé des doubles littéraires comiques, le fonctionnement de ces figures dans le champ littéraire de leur époque respective ainsi que leur impact sur l’évolution littéraire. S’appuyant sur les écrits des formalistes russes, mais aussi sur l’histoire littéraire récente et la sociologie de la littérature, il discute de la notion d’auteur et propose une définition d’un masque littéraire, dispositif complexe qui peut devenir vecteur de mystification.
Il en examine ensuite la pertinence en analysant une partie de l’œuvre de deux écrivains du XIXe siècle peu connus en Occident, celle d’Ossip Senkovski alias baron Brambeus, et celle de Kozma Proutkov, un poète fictif élevé au rang de classique de la poésie russe. Flirtant avec la mystification, ces personnages qui tiennent du bouffon occupent une place très importante dans les débats qui agitent la littérature dans les années 1830-1850 et provoquent des réactions violemment hostiles ou puissamment enthousiastes.
Cette approche diachronique sert à mettre en perspective le matériau principal du corpus étudié, constitué des six Nouvelles sentimentales écrites par Mikhaïl Zochtchenko entre 1923 et 1930 et faussement attribuées par lui, dans un subtil jeu de préfaces, à son double Ivan Kolenkorov, écrivain débutant qui cherche à se faire sa place dans un contexte littéraire soviétique particulièrement difficile pour le petit-bourgeois qu’il est.
Arnaud Nicod met en évidence les liens qui unissent ces trois auteurs fictifs et leurs créateurs et conclut à leur contribution à un renouveau poétique dans des contextes de crise, du fait du caractère radicalement expérimental de leurs textes. Derrière le masque du bouffon se crée un espace propice aux discours contestataires, potentiellement subversifs, qui mettent en question l’institution littéraire et le statut des auteurs dans les luttes internes au monde littéraire ou confrontant celui-ci au pouvoir politique.
Notice bio-bibliographique
Après des études au gymnase Auguste Piccard dans une classe pour sportifs et musiciens d’élite, Arnaud Nicod intègre en 2002 la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne, où il étudie l’histoire, le français et le russe. Suite à l’obtention de sa demi-licence, il décide d’abandonner l’histoire pour renforcer ses études en slavistique, ce qui lui permet de suivre des cours au sein des Universités de Lausanne, Genève et Fribourg et, durant un semestre, à l’Université d’État de Saint-Pétersbourg.
Engagé comme assistant-étudiant auprès du professeur Leonid Heller, il défend en 2007 son mémoire de licence consacré aux Sentimentales de Mikhaïl Zochtchenko et au discours de son personnage d’auteur/narrateur, Ivan Kolenkorov. À partir de 2009, il est assistant diplômé du professeur Heller et débute sous sa direction une thèse de doctorat portant sur le masque littéraire dans la littérature russe des XIXe et XXe siècles.
Dans le cadre de son assistanat, il dispense des cours d’histoire de la Russie, d’histoire de la littérature russe et de théorie littéraire. Il participe à de nombreux colloques et conférences, tant à l’Université de Lausanne qu’à l’étranger, notamment en Estonie, en Pologne ou encore à la Sorbonne, à Paris. Il est l’auteur de quelques articles publiés dans des revues spécialisées.
Par la suite, il poursuit jusqu’en 2024 sa collaboration au sein de la section des langues slaves de l’Unil en tant que chargé de cours ou pour assurer la suppléance de collègues en congé scientifique. Il enseigne la langue russe pour les débutants, l’histoire de la poésie russe, donne des séminaires de Master sur l’œuvre de Zochtchenko ou la mystification littéraire.
En parallèle, il enseigne le français, l’histoire, la géographie et la géopolitique à l’école publique et au gymnase, notamment celui de La Garanderie, à Lausanne, qui accueille des élèves présentant des difficultés d’apprentissage.
Durant toutes ces années, il poursuit par intermittence son travail de thèse, dont la professeure Anastassia Forquenot de la Fortelle reprend la codirection à partir de 2018, et dont il termine l’écriture au printemps 2026.